Et, tout en attendant, ils parlaient du passé à voix basse. Ils étaient plus âgés, les jours anciens leur paraissaient plus réels, peut-être, que le présent.

Ils évoquaient le sacrifice d'Iphigénie, si jeune, si belle et innocente ; vouant à son père une confiance absolue, et qui l'avaient menée à l'autel, offerte aux poignards cruels sous les regards sans pitié de ceux qui l'entouraient.

En parlant, les vieillards croyaient revivre ce moment, comme s'ils avaient vécu l'holocause comme s'ils avaient entendu, en même temps qu'Iphigénie, ce père qu'elle aimait ordonner aux hommes de la soulever de la maintenir sur la pierre où il allait l'égorger.
Il l'avait tuée bien à contre coeur, mais harcelé par l'armée impatiente d'obtenir les vents 
propices qui lui permettraient de faire voile vers Troie. 

L'affaire, cependant, n'était pas aussi simple.

S'il avait cédé à l'Armée, c'est qu'il avait hérité lui aussi de la malédiction ancienne, léguée de génération en génération à sa race.

Les vieillards n'ignoraient rien de l'anathème suspendu sur cette maison.
 
 

... La soif du sang
Est dans leur chair. Avant que la blessure ancienne
se cicatrise, un jeune sang se répand.




Dix ans avaient passé depuis la mort d'Iphigénie, mais ses conséquences imprégnaient le présent. 
Les anciens étaient sages. Ils avaient appris que toute faute entraîne une nouvelle faute, que chaque tort en amène un autre.

Dans cette heure de triomphe, une menace venue de la jeune morte se tenait suspendue sur la tête de son père.
Et cependant, se disaient-ils l'un à l'autre, peut-être, ne prendra-t-elle forme que plus tard ?

Il tentaient ainsi de se chercher quelque raison d'espérer, mais dans le fond de leur coeur, ils savaient sans oser l'exprimer que la vengeance attendait déjà Agamemnon dans son palais.
Elle avait attendu depuis que la Reine, Clytemnestre, était revenue d'Aulis, où, elle avait vu mourir sa fille. 
Elle n'était pas restée fidèle à un époux qui avait tué leur enfant ; elle avait pris un amant, et tout le peuple le savait.
Il savait aussi qu'elle ne l'avait pas renvoyé lorsque la nouvelle du retour d'Agamemnon lui était parvenue ; il était toujours auprès d'elle. 
 
 

 

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